Profil

  • : Ménalque (@li@s Emile Tusmal)
  • pamphlet
  • : L'erreur de jugement la plus courante consiste à croire possible l'accès au sens d'un propos par la personne de son auteur - en témoigne les questions : "Vous êtes qui ?" style "Vous vous prenez pour qui ?"

S'éCONduire

Se prendre un râteau ou la métaphore en moins, "se faire éconduire" se dit plus souvent que "mettre un râteau" ou "éconduire" à un point tel que le grammairien qui se prend à jouer au métaphysicien des moeurs ne peut pas ne pas se demander ce qui motive une telle prédisposition pour la voie passive dans les usages car, pour ce dernier, les usages de la grammaire traduisent quelque part les usages des moeurs. Dramaturge raté, ce grammairien attardé par la philosophie ou plus simplement, ce sophiste dramatiste sans éthique papillonne vers une approche esthétique.

Emblème des piètres séducteurs, la métaphore du râteau dispose tout naturellement d'une piètre esthétique conforme aux piètres talents du séducteur en question, ce qui dispose tout naturellement à prêter à ce dernier un piètre sens esthétique.

Piètre ?!? Piètre ?

Mais qu'est-ce qu'il y a de si piètre dans le fait de se prendre un râteau ?!? Le sens de la situation ? Dans les jardins de la passion, le séducteur tout à l'objet de ses passions en oublie de regarder ailleurs - de regarder à la situation, à la situation de l'objet de sa passion - pour se manger un râteau dans les dents, râteau que le jardinier des passions avait laisser traîner là. Dans la séduction, il s'agit d'un piètre sens esthétique alors qu'au cinéma, il s'agirait d'un classique comique :

"Un râteau désigne un évincement qui conclut un processus de séduction. La personne éconduite se prend un râteau, celle qui adresse le refus envoie un râteau. L'expression dérive d'un gag du cinéma muet, à savoir la douloureuse et subite expérience de marcher sur l'outil de jardinage et d'en recevoir le manche sur la figure, l'étymologie populaire y voit une opposition à la pelle, qui désigne un baiser amoureux."

(Quelqu'un connaît ce film muet ?)

Piètre ?!? Piètre ? Alors de deux choses l'une, soit le genre comique ne dispose que d'une piètre esthétique, soit l'évincement en séduction n'a pas le sens du comique.


Le râteau, emblème de l'amour non-partagé ?!? De l'amour non-partagé ? Voilà une situation habituellement considérée comme tragique, douée d'un certain sens du comique, non ?!? Un certain sens, certes, mais non un sens certain ! Tantôt, tout repose sur l'absence de talent pour la séduction comme si le talent suffisait à obtenir en partage l'amour, tantôt, tout repose sur l'absence d'amour partagé tout comme si le talent n'y pouvait rien changer ou ne pouvait qu'être suspect. Et si le sens du râteau se trouve encore moins certain, c'est qu'il n'a rien de comique, mais tout de la moquerie dès lors qu'il ne s'agit pas de rire ensemble pour les protagonistes, mais de rire plus particulièrement d'au moins un des protagonistes, à charge de l'autre protagoniste de faire rire le public.

Le public ?!? Le public, ce mode passif de l'action !

Le voilà le motif de la prédisposition à la voie passive lorsqu'il s'agit de râteau, une prédisposition à la moquerie, soit un piètre sens de l'humour puisque les protagonistes sont incapables d'en rire ensemble. Peu importe qui éconduit ou qui est éconduit, l'un comme l'autre ira tout au plus retrouvé son petit public pour en rire, mais ni l'un, ni l'autre n'en rira ensemble d'où un piètre sens de l'humou. Et voilà, ce qu'il y a de piètre... en (an)amour, le sens de l'humour. Les tragédies romantiques sont belles et surtout bien réelles tout au contraire des comédies romantiques qui consolent tout au plus le public de ses tragédies et voilà, la réalité morale de l'amour : une réalité qui n'a rien de séduisant. Partagé ou non, impossible de rire en (an)amour, exception faite de tout ce qui ressort de l'amitié en amour, mais le rire n'excède pas en amour le rire en amitié et l'amour n'a donc aucun sens de l'humour propre : l'amour est sans humour - pitoyable ! Même pas piètre, pitoyable !?! Pitoyable ! Tant et si bien que le sens de la pitié en amour se trouve inversément proportionnel au sens de l'humour et cette pitié, il n'y a pas à aller la chercher bien loin - l'offre créant la demande : la personne qui éconduit et la personne éconduite, prend ce qu'il y a à prendre. Tout autre offre, fusse l'offre de la personne éconduite d'en rire s'interprétera comme une avance déplacée et là, je parle d'expérience, d'expérience métaphysique des moeurs... évidement :)

En somme, l'amour est le degré zéro de l'humour à la voie active bien qu'à la voie passive, en tant que public, l'acteur du quotidien voit les acteurs de sa culture mettre à sa disposition les moyens de s'élever au delà du degré zéro.





 
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